«
Et moi, je n’aime plus la fontaine d’eau vive,
Dont la molle fraîcheur m’attirait vers le soir.
Et comme l’autre été, dormeuse, sur sa rive,
Je ne vais plus m’asseoir.
Dans les saules émus passe-t-elle affaiblie ?
Je fuis vers le sentier qui ramène au hameau,
Sans oser regarder si du plus jeune ormeau,
Elle baigne l’écorce, et le nom que j’oublie !
Que sa glace mobile épure les zéphirs,
Que la fleur soit contente en s’y voyant éclore ;
Qu’un front riant s’admire en son eau qu’il colore ;
Cette eau ne rira plus au bruit de mes soupirs.
Semblable à cette voix… plus douce que la sienne,
Appelant un secret qu’elle ne comprend pas,
Sa voix mystérieuse enhardissait la mienne,
Et son charme égarait mes pas.
Elle est douce à l’oreille… oh ! c’est qu’elle est flatteuse.
Une empreinte nouvelle y glisse tous les jours.
Elle parle, elle est libre… hélas ! elle est heureuse.
Mais libre, elle est ingrate, et s’échappe toujours.
Je l’aimais l’autre été, j’aimais tout. Simple et tendre,
Je croyais tout sincère à l’égal de mon cœur :
Eh ! bien ! comme la voix que j’y venais entendre,
À présent, tout me semble infidèle et moqueur.
Et moi je n’aime plus la fontaine d’eau vive,
Dont la molle fraîcheur m’attirait vers le soir.
Et comme l’autre été, dormeuse, sur sa rive
Je ne vais plus m’asseoir.