«
Ave Maria !
Sur l’âme qui pleure,
Chante et verse l’heure,
Où l’ange pria !
Quand j’entendais le soir,
Trembler à mon oreille,
L’Angélus qui s’éveille,
Comme un germe d’espoir,
Rêveuse, sur ma porte,
Je rappelais tout bas,
Quelque espérance morte,
D’absence ou de trépas.
Ave Maria !
Sur l’âme qui pleure,
Chante et verse l’heure,
Où l’ange pria !
Tout ce que nous pleurons,
Plein d’une grâce austère,
Revient-il sur la terre,
Pour nous dire « Espérons ! »
Car à ce ciel qui sonne,
Ma tristesse a frémi,
Comme une main frissonne,
Sous la main d’un ami !
Ave Maria !
Sur l’âme qui pleure,
Chante et verse l’heure,
Où l’ange pria !
Ainsi qu’au fond des fleurs,
Passe une brise errante,
Cette cloche vibrante,
Entrait dans mes douleurs ;
Je sentais que Dieu même
À son secret d’amour,
Et j’osais dire : j’aime !
À ce bon soir du jour.
Ave Maria !
Sur l’âme qui pleure,
Chante et verse l’heure,
Où l’ange pria !
Soupirs de l’Angélus,
Vos tintements tranquilles,
Dans les cris de nos villes,
Ne me parviennent plus :
Mais, seule et triste encore,
Quand s’en va le soleil,
Ma mémoire sonore,
Tinte dans mon sommeil :
Ave Maria !
Sur l’âme qui pleure,
Chante et verse l’heure,
Où l’ange pria !
—
S’il m’eût aimée, oh ! que la vie
Eût passé légère sur moi !
Si dans la mort il m’eût suivie,
Que la mort m’eût fait peu d’effroi !
J’aurais trouvé des chants de l’âme,
Comme l’oiseau chante le jour,
Pour dire aux anges qu’une femme
Était heureuse par l’amour !
Mais il écoute sans tendresse,
Ma voix toujours près de pleurer ;
Il est grave, il est sans maîtresse,
Et rien ne le fait soupirer :
Vivant seul au fond de son âme,
Rappelant quelque autre séjour,
Peut-être il rêve d’une femme,
Qu’il vit heureuse par l’amour !
Et moi je m’effeuille dans l’ombre,
Comme une fleur sur son chemin,
Jamais, même quand il est sombre,
Vers mon cœur il n’étend sa main,
Ô solitude de mon âme,
Serez-vous consolée un jour ?
Le ciel bannit-il une femme
Qui rêva le ciel dans l’amour !