← Retour aux poèmes

Encore un hymne

Alphonse de Lamartine · 1830 · Romantisme · 19e siècle
«
Encore un hymne, ô ma lyre ! Un hymne pour le Seigneur, Un hymne dans mon délire, Un hymne dans mon bonheur ! Oh ! qui me prêtera le regard de l’aurore, Les ailes de l’oiseau, le vol de l’aquilon ? Pourquoi ? — Pour te trouver, toi que mon âme adore, Toi qui n’as ni séjour, ni symbole, ni nom ! Qu’ils sont heureux les sons qui partent de ma lyre ! D’un vol mélodieux ils s’élèvent vers toi ; Ils montent d’eux-mêmes au Dieu qui les inspire : Et moi, Seigneur, et moi, Je reste où je languis, je reste où je soupire ! Encore un hymne, ô ma lyre ! Un hymne pour le Seigneur, Un hymne dans mon délire, Un hymne dans mon bonheur ! Esprits qui balancez les astres sur nos têtes, Vous qui vivez de feu comme nous vivons d’air ; Anges qui respirez le tonnerre et l’éclair, Soleil, foudres, rayons, cieux étoilés, tempêtes, Parlez : est-il où vous êtes ? Dans tes abîmes, ô mer ? J’étais né pour briller où vous brillez vous-même, Pour respirer là-haut ce que vous respirez, Pour m’enivrer du jour dont vous vous enivrez, Pour voir et réfléchir cette beauté suprême Dont les yeux ici-bas sont en vain altérés ! Mon âme a l’œil de l’aigle, et mes fortes pensées, Au but de leurs désirs volant comme des traits, Chaque fois que mon sein respire, plus pressées Que les colombes des forêts, Montent, montent toujours par d’autres remplacées, Et ne redescendent jamais. Les reverrai-je un jour ? Mon Dieu ! reviendront-elles, Ainsi que le ramier qui traversa les flots, M’apporter un rameau des palmes immortelles, Et me dire : « Là-haut est un nid pour nos ailes, Une terre, un lieu de repos ? » Encore un hymne, ô ma lyre ! Un hymne pour le Seigneur, Un hymne dans mon délire, Un hymne dans mon bonheur ! Mon âme est un torrent qui descend des montagnes, Et qui roule sans fin ses vagues sans repos À travers les vallons, les plaines, les campagnes, Où leur pente entraîne ses flots. Il fuit quand le jour meurt, il fuit quand naît l’aurore ; La nuit revient, il fuit ; le jour, il fuit encore. Rien ne peut ni tarir ni suspendre son cours ; Jusqu’à ce qu’à la mer, où ses ondes sont nées, Il rende en murmurant ses vagues déchaînées, Et se repose enfin en elle, et pour toujours ! Mon âme est un vent de l’aurore Qui s’élève avec le matin, Qui brûle, renverse, dévore Tout ce qu’il trouve en son chemin. Rien n’entrave son vol rapide : Il fait trembler la tour comme la feuille aride, Et le mât du vaisseau comme un roseau pliant ; Il roule en plis de feu le tonnerre et la nue, Et quand il a passé, laisse la terre nue Comme la main du mendiant ; Jusqu’à ce qu’épuisé de sa fuite éternelle, Et, comme un doux ramier de sa course lassé, Il vienne fermer son aile Dans la main qui l’a lancé. Toi qui donnes sa pente au torrent des collines, Toi qui prêtes son aile au vent pour s’exhaler, Où donc es-tu, Seigneur ? Parle : où faut-il aller ? N’est-il pas des ailes divines, Pour que mon âme aussi puisse enfin s’envoler ? Encore un hymne, ô ma lyre ! Un hymne pour le Seigneur, Un hymne dans mon délire, Un hymne dans mon bonheur ! Je voudrais être la poussière Que le vent dérobe au sillon, La feuille que l’automne enlève en tourbillon, Le premier reflet de l’aurore, L’atome flottant de lumière Où remonte le soir aux bords de l’horizon, Le son lointain qui s’évapore, L’éclair, le regard, le rayon, L’étoile qui se perd dans ce ciel diaphane, Ou l’aigle qui va le braver, Tout ce qui monte enfin, ou vole, ou flotte, ou plane, Pour me perdre, Seigneur, me perdre, ou te trouver ! Encore un hymne, ô ma lyre ! Encore un hymne au Seigneur, Un hymne dans mon délire, Un hymne dans mon bonheur !

Notes

Recueil: Harmonies poétiques et religieuses (1830). https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6210284b/f253.item.texteImage

← Précédent Eternité de la nature, brièveté de l'homme Suivant → Milly, ou la terre natale

Autres poèmes de Alphonse de Lamartine

A Alix de V... None A Alix de V… None A Elvire 1814 A Elvire 1815 A Madame Victor Hugo 1856 A Maria-Anna-Eliza 1836 A Némésis 1831 A l'Esprit-Saint 1830 A un curé de village 1829 A un curé de village 1829 A un enfant, fille du poète 1831 A une fiancée de quinze ans None A une fleur séchée dans un album 1827 Adieu 1815 Adieux à la mer 1820 Adieux à la poésie 1823 Apparition 1823 Au rossignol 1830 Aux chrétiens dans les temps d'épreuve 1826 Bonaparte 1822 Bénédiction de Dieu 1830 Cantate pour les enfants... 1830 Chant d'amour 1820 Chants lyriques de Saül 1820 Consolation 1823 Contre la peine de mort 1830 Dieu 1820 Désir 1830 Elégie 1815 Epilogue 1836 Epître à M. Sainte-Beuve 1830 Eternité de la nature, brièveté de l'homme 1828 Ferrare 1844 Fragment biblique (Micol, Jonathas) None Huitième époque 1836 Hymne au Christ 1829 Hymne au soleil 1815 Hymne de l'ange de la Terre 1830 Hymne de l'enfant à son réveil 1826 Hymne de la mort 1830 Hymne du matin 1830 Hymne du soir dans les temples 1830 Hymne à la douleur 1830 Impressions du matin et du soir 1830 Improvisée à la Grande-Chartreuse 1823 Invocation 1817 Invocation (Toi qui donnas sa voix...) 1830 Invocation du poète None Invocation pour les Grecs 1826 Ischia 1822 Jocelyn - Cinquième époque 1836 Jocelyn - Deuxième époque 1836 Jocelyn - Première époque 1836 Jocelyn - Prologue 1836 Jocelyn - Quatrième époque 1836 Jocelyn - Sixième époque 1836 Jocelyn - Troisième époque 1836 Jéhovah ou l'idée de Dieu 1829 L'ange 1819 L'automne 1820 L'enthousiasme 1819 L'esprit de Dieu 1822 L'homme 1819 L'humanité 1829 L'hymne de la nuit 1830 L'idée de Dieu 1829 L'immortalité 1817 L'infini dans les cieux 1828 L'insecte ailé None L'isolement 1818 L'occident 1830 La branche d'amandier 1821 La charité 1846 La fleur des eaux None La foi 1818 La gloire 1818 La harpe des cantiques None La lampe du temple 1830 La liberté 1821 La mort de Jonathas 1830 La perte de l’Anio 1830 La poésie sacrée 1820 La prière 1819 La prière de femme 1841 La providence à l'homme 1819 La retraite 1819 La retraite 1830 La sagesse 1820 La semaine sainte à la Roche-Guyon 1819 La solitude 1822 La source dans les bois D… 1830 La tristesse 1830 La voix humaine 1830 Le Mont Blanc 1849 Le cadre None Le chrétien mourant 1820 Le chêne 1826 Le coquillage au bord de la mer 1849 Le cri de l'âme 1830 Le crucifix 1823 Le désespoir 1819 Le golfe de Baya, près de Naples 1813 Le grillon 1845 Le génie 1817 Le génie dans l'obscurité 1830 Le lac 1820 Le lac 1820 Le lis du golfe de Santa Restituta 1842 Le moulin de Milly 1845 Le papillon 1823 Le passé 1823 Le pasteur et le pêcheur 1826 Le poète mourant 1823 Le premier regret 1830 Le retour 1830 Le soir 1819 Le solitaire 1830 Le souvenir 1819 Le temple 1817 Le tombeau d'une mère 1830 Le trophée d'armes orientales None Le vallon 1819 Les fleurs 1837 Les oiseaux 1842 Les pavots 1847 Les préludes 1823 Les révolutions 1831 Les saisons None Les étoiles 1819 L’abbaye de Vallombreuse 1830 L’apparition de l’ombre de Samuel à Saül None Milly, ou la terre natale 1827 Neuvième époque 1836 Nouvel épilogue 1839 Novissima verba 1829 Ode 1817 Ode sur la naissance du Duc de Bordeaux 1820 Pensée des morts 1826 Philosophie 1821 Pour le premier jour de l'année 1830 Pour une quête None Pourquoi mon âme est-elle triste? 1826 Poésie 1830 Ressouvenir du lac Léman 1842 Sapho 1816 Septième époque 1836 Souvenir None Souvenir d'enfance 1830 Stances 1823 Sur des roses sous la neige 1847 Sur l'image du Christ écrasant le ma None Tristesse 1815 Une fleur None Une larme 1830