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La gloire

Alphonse de Lamartine · 1818 · Romantisme · 19e siècle
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Généreux favoris des filles de mémoire, Deux sentiers différents devant vous vont s’ouvrir : L’un conduit au bonheur, l’autre mène à la gloire ; Mortels, il faut choisir. Ton sort, ô Manoel ! suivit la loi commune ; La muse t’enivra de précoces faveurs ; Tes jours furent tissus de gloire et d’infortune, Et tu verses des pleurs ! Rougis plutôt, rougis d’envier au vulgaire Le stérile repos dont son cœur est jaloux ; Les dieux ont fait pour lui tous les biens de la terre, Mais la lyre est à nous. Les siècles sont à toi, le monde est ta patrie. Quand nous ne sommes plus, notre ombre a des autels Où le juste avenir prépare à ton génie Des honneurs immortels. Ainsi l’aigle superbe au séjour du tonnerre S’élance ; et, soutenant son vol audacieux, Semble dire aux mortels : Je suis né sur la terre, Mais je vis dans les cieux. Oui, la gloire t’attend ; mais arrête, et contemple À quel prix on pénètre en ses parvis sacrés ; Vois : l’infortune assise à la porte du temple En garde les degrés. Ici, c’est ce vieillard que l’ingrate Ionie A vu de mers en mers promener ses malheurs : Aveugle il mendiait au prix de son génie Un pain mouillé de pleurs. Là, le Tasse, brûlé d’une flamme fatale, Expiant dans les fers sa gloire et son amour, Quand il va recueillir la palme triomphale, Descend au noir séjour. Partout des malheureux, des proscrits, des victimes, Luttant contre le sort ou contre les bourreaux ; On dirait que le ciel aux cœurs plus magnanimes Mesure plus de maux. Impose donc silence aux plaintes de ta lyre, Des cœurs nés sans vertu l’infortune est l’écueil ; Mais toi, roi détrôné, que ton malheur t’inspire Un généreux orgueil ! Que t’importe après tout que cet ordre barbare T’enchaîne loin des bords qui furent ton berceau ? Que t’importe en quels lieux le destin te prépare Un glorieux tombeau ? Ni l’exil, ni les fers de ces tyrans du Tage N’enchaîneront ta gloire aux bords où tu mourras : Lisbonne la réclame, et voilà l’héritage Que tu lui laisseras ! Ceux qui l’ont méconnu pleureront le grand homme ; Athène à des proscrits ouvre son Panthéon ; Coriolan expire, et les enfants de Rome Revendiquent son nom. Aux rivages des morts avant que de descendre, Ovide lève au ciel ses suppliantes mains : Aux Sarmates grossiers il a légué sa cendre, Et sa gloire aux Romains.

Notes

Recueil: Méditations poétiques (1820). Dédicace: A un poète exilé. Note: Poème publié en 1818, sous le titre "Stances - à un poète portugais exilé". Le poème date au moins de 1817. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1502110q/f67.item.texteImage

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