← Retour aux poèmes

Ode sur la naissance du Duc de Bordeaux

Alphonse de Lamartine · 1820 · Romantisme · 19e siècle
«
Versez du sang, frappez encore ! Plus vous retranchez ses rameaux, Plus le tronc sacré voit éclore Ses rejetons toujours nouveaux ! Est-ce un dieu qui trompe le crime ? Toujours d’une auguste victime Le sang est fertile en vengeur ; Toujours, échappé d’Athalie, Quelque enfant que le fer oublie Grandit à l’ombre du Seigneur ! Il est né, l’enfant du miracle, Héritier du sang d’un martyr ! Il est né d’un tardif oracle, Il est né d’un dernier soupir ! Aux accents du bronze qui tonne La France s’éveille, et s’étonne Du fruit que la mort a porté ! Jeux du sort ! merveilles divines ! Ainsi fleurit sur des ruines Un lis que l’orage a planté. Il vient, quand les peuples, victimes Du sommeil de leurs conducteurs, Errent aux penchants des abîmes Comme des troupeaux sans pasteurs. Entre un passé qui s’évapore, Vers un avenir qu’il ignore, L’homme nage dans un chaos ! Le doute égare sa boussole, Le monde attend une parole, La terre a besoin d’un héros ! Courage ! c’est ainsi qu’ils naissent ! C’est ainsi que dans sa bonté Un Dieu les sème ! Ils apparaissent Sur des jours de stérilité ! Ainsi, dans une sainte attente, Quand des pasteurs la troupe errante Parlait d’un Moïse nouveau, De la nuit déchirant le voile, Une mystérieuse étoile Les conduisit vers un berceau ! Sacré berceau, frêle espérance Qu’une mère tient dans ses bras, Déjà tu rassures la France ; Les miracles ne trompent pas ! Confiante dans son délire, À ce berceau déjà ma lyre Ouvre un avenir triomphant, Et, comme ces rois de l’Aurore, Un instinct que mon âme ignore Me fait adorer un enfant ! Comme l’orphelin de Pergame, Il verra près de son berceau Un roi, des princes, une femme, Pleurer aussi sur un tombeau ! Bercé sur le sein de sa mère, S’il vient à demander son père, Il verra se baisser les yeux ! Et cette veuve inconsolée, En lui cachant le mausolée, Du doigt lui montrera les cieux ! Jeté sur le déclin des âges, Il verra l’empire sans fin, Sorti de glorieux orages, Frémir encor de son déclin. Mais son glaive aux champs de victoire Nous rappellera la mémoire Des destins promis à Clovis, Tant que le tronçon d’une épée, D’un rayon de gloire frappée, Brillerait aux mains de ses fils ! Sourd aux leçons efféminées Dont le siècle aime à les nourrir, Il saura que les destinées Font roi pour régner ou mourir ; Que des vieux héros de sa race Le premier titre fut l’audace, Et le premier trône un pavois ; Et qu’en vain l’humanité crie : Le sang versé pour la patrie Est toujours la pourpre des rois ! Tremblant à la voix de l’histoire, Ce juge vivant des humains, Français, il saura que la gloire Tient deux flambeaux entre ses mains. L’un, d’une sanglante lumière Sillonne l’horrible carrière Des peuples par le crime heureux ; Semblable aux torches des Furies Que jadis les fameux impies Sur leurs pas traînaient après eux ! L’autre, du sombre oubli des âges, Tombeau des peuples et des rois, Ne sauve que les siècles sages Et les légitimes exploits : Ses clartés immenses et pures, Traversant les races futures, Vont s’unir au jour éternel : Pareil à ces feux pacifiques, Ô Vesta ! que des mains pudiques Entretenaient sur ton autel. Il saura qu’aux jours où nous sommes, Pour vieillir au trône des rois, Il faut montrer aux yeux des hommes Ses vertus auprès de ses droits ; Qu’assis à ce degré suprême, Il faut s’y défendre soi-même, Comme les dieux sur leurs autels ; Rappeler en tout leur image, Et faire adorer le nuage Qui les sépare des mortels ! Au pied du trône séculaire Où s’assied un autre Nestor, De la tempête populaire Le flot calmé murmure encor ! Ce juste, que le ciel contemple, Lui montrera par son exemple Comment, sur les écueils jeté, On élève sur le rivage, Avec les débris du naufrage, Un temple à l’immortalité ! Ainsi s’expliquaient sur ma lyre Les destins présents à mes yeux ; Et tout secondait mon délire, Et sur la terre et dans les cieux ! Le doux regard de l’Espérance Éclairait le deuil de la France : Comme, après une longue nuit, Sortant d’un berceau de ténèbres, L’aube efface les pas funèbres De l’ombre obscure qui s’enfuit.

Notes

Recueil: Méditations poétiques (neuvième édition de 1822).

← Précédent Philosophie Suivant → A Elvire

Autres poèmes de Alphonse de Lamartine

A Alix de V... None A Alix de V… None A Elvire 1814 A Elvire 1815 A Madame Victor Hugo 1856 A Maria-Anna-Eliza 1836 A Némésis 1831 A l'Esprit-Saint 1830 A un curé de village 1829 A un curé de village 1829 A un enfant, fille du poète 1831 A une fiancée de quinze ans None A une fleur séchée dans un album 1827 Adieu 1815 Adieux à la mer 1820 Adieux à la poésie 1823 Apparition 1823 Au rossignol 1830 Aux chrétiens dans les temps d'épreuve 1826 Bonaparte 1822 Bénédiction de Dieu 1830 Cantate pour les enfants... 1830 Chant d'amour 1820 Chants lyriques de Saül 1820 Consolation 1823 Contre la peine de mort 1830 Dieu 1820 Désir 1830 Elégie 1815 Encore un hymne 1830 Epilogue 1836 Epître à M. Sainte-Beuve 1830 Eternité de la nature, brièveté de l'homme 1828 Ferrare 1844 Fragment biblique (Micol, Jonathas) None Huitième époque 1836 Hymne au Christ 1829 Hymne au soleil 1815 Hymne de l'ange de la Terre 1830 Hymne de l'enfant à son réveil 1826 Hymne de la mort 1830 Hymne du matin 1830 Hymne du soir dans les temples 1830 Hymne à la douleur 1830 Impressions du matin et du soir 1830 Improvisée à la Grande-Chartreuse 1823 Invocation 1817 Invocation (Toi qui donnas sa voix...) 1830 Invocation du poète None Invocation pour les Grecs 1826 Ischia 1822 Jocelyn - Cinquième époque 1836 Jocelyn - Deuxième époque 1836 Jocelyn - Première époque 1836 Jocelyn - Prologue 1836 Jocelyn - Quatrième époque 1836 Jocelyn - Sixième époque 1836 Jocelyn - Troisième époque 1836 Jéhovah ou l'idée de Dieu 1829 L'ange 1819 L'automne 1820 L'enthousiasme 1819 L'esprit de Dieu 1822 L'homme 1819 L'humanité 1829 L'hymne de la nuit 1830 L'idée de Dieu 1829 L'immortalité 1817 L'infini dans les cieux 1828 L'insecte ailé None L'isolement 1818 L'occident 1830 La branche d'amandier 1821 La charité 1846 La fleur des eaux None La foi 1818 La gloire 1818 La harpe des cantiques None La lampe du temple 1830 La liberté 1821 La mort de Jonathas 1830 La perte de l’Anio 1830 La poésie sacrée 1820 La prière 1819 La prière de femme 1841 La providence à l'homme 1819 La retraite 1819 La retraite 1830 La sagesse 1820 La semaine sainte à la Roche-Guyon 1819 La solitude 1822 La source dans les bois D… 1830 La tristesse 1830 La voix humaine 1830 Le Mont Blanc 1849 Le cadre None Le chrétien mourant 1820 Le chêne 1826 Le coquillage au bord de la mer 1849 Le cri de l'âme 1830 Le crucifix 1823 Le désespoir 1819 Le golfe de Baya, près de Naples 1813 Le grillon 1845 Le génie 1817 Le génie dans l'obscurité 1830 Le lac 1820 Le lac 1820 Le lis du golfe de Santa Restituta 1842 Le moulin de Milly 1845 Le papillon 1823 Le passé 1823 Le pasteur et le pêcheur 1826 Le poète mourant 1823 Le premier regret 1830 Le retour 1830 Le soir 1819 Le solitaire 1830 Le souvenir 1819 Le temple 1817 Le tombeau d'une mère 1830 Le trophée d'armes orientales None Le vallon 1819 Les fleurs 1837 Les oiseaux 1842 Les pavots 1847 Les préludes 1823 Les révolutions 1831 Les saisons None Les étoiles 1819 L’abbaye de Vallombreuse 1830 L’apparition de l’ombre de Samuel à Saül None Milly, ou la terre natale 1827 Neuvième époque 1836 Nouvel épilogue 1839 Novissima verba 1829 Ode 1817 Pensée des morts 1826 Philosophie 1821 Pour le premier jour de l'année 1830 Pour une quête None Pourquoi mon âme est-elle triste? 1826 Poésie 1830 Ressouvenir du lac Léman 1842 Sapho 1816 Septième époque 1836 Souvenir None Souvenir d'enfance 1830 Stances 1823 Sur des roses sous la neige 1847 Sur l'image du Christ écrasant le ma None Tristesse 1815 Une fleur None Une larme 1830