← Retour aux poèmes

S’ils n’ont point le bonheur,...

André Chénier · None · Préromantisme · 18e siècle
«
S’ils n’ont point le bonheur, en est-il sur la terre ? Quel mortel, inhabile à la félicité, Regrettera jamais sa triste liberté, Si jamais des amants il a connu les chaînes ? Leurs plaisirs sont bien doux et douces sont leurs peines ; S’ils n’ont point ces trésors que l’on nomme des biens, Ils ont les soins touchants, les secrets entretiens ; Des regards, des soupirs la voix tendre et divine, Et des mots caressants la mollesse enfantine. Auprès d’eux tout est beau, tout pour eux s’attendrit. Le ciel rit à la terre, et la terre fleurit. Aréthuse serpente et plus pure et plus belle ; Une douleur plus tendre anime Philomèle. Flore embaume les airs : ils n’ont que de beaux cieux. Aux plus arides bords Tempé rit à leurs yeux. À leurs yeux tout est pur comme leur âme est pure ; Leur asile est plus beau que toute la nature. La grotte, favorable à leurs embrassements, D’âge en âge est un temple honoré des amants. Ô rives du Pénée, antres, vallons, prairies, Lieux qu’amour a peuplés d’antiques rêveries ; Vous bosquets d’Anio ; vous ombrages fleuris, Dont l’épaisseur fut chère aux nymphes du Liris ; Toi surtout, ô Vaucluse ! ô retraite charmante ! Oh ! que j’aille y languir aux bras de mon amante ; De baisers, de rameaux, de guirlandes lié, Oubliant tout le monde, et du monde oublié ! Ah ! que ceux qui, plaignant l’amoureuse souffrance, N’ont connu qu’une oisive et morne indifférence, En bonheur, en plaisir pensent m’avoir vaincu : Ils n’ont fait qu’exister, l’amant seul a vécu. - - - - - - - - - - Variante à partir du vers 5 : Leurs plaisirs sont bien doux, et douces sont leurs peines. L’astre de la nature, et Pomone, et Paies, Et l’azur d’Amphitrite, et la blonde Cérès, Portent jusqu’à leur âme et délicate et tendre Une voix, des accents qu’eux seuls savent entendre. Tout d’une joie aimable anime leurs couleurs ; Dans leurs yeux languissants tout fait naître des pleurs. Tout ne parle autour d’eux que d’aimer et de plaire. Tout est formé pour eux dans la nature entière. Où se portent leurs pas........ Le ciel rit à la terre et la terre fleurit, Aréthuse serpente et plus pure et plus belle ; Une douleur plus tendre anime Philomèle ; Flore embaume les airs d’une plus douce odeur. Et son amant soupire avec plus de douceur.

Notes

https://archive.org/details/bub_gb_EVrD1RkvJmsC/page/201/mode/2up

← Précédent Eh ! le pourrai-je au moins !... Suivant → Tout homme a ses douleurs...

Autres poèmes de André Chénier

A Abel None A De Pange None A Lebrun None A compter nos brebis... None A l'hirondelle None Ah ! prends un cœur humain... None Ainsi, lorsque souvent le gouvernail agile... 1787 Ainsi, vainqueur de Troie et des vents... None Amymone None Arcas et Palémon None Au chevalier de Pange None Aux frères De Pange None Aux frères De Pange (2) None Bacchus None Bel astre de Vénus... None Chrysé None Clytie None De l’art de Pyrgotèle... None Eh ! le pourrai-je au moins !... None Epilogue None Euphrosyne None Hercule None Hylas None Hymne 1792 Il n'est que d'être roi pour être heureux... None J'apprends, pour disputer un prix si glorieux... None Je sais, quand le midi leur fait désirer l’ombre... None Jeune fille, ton cœur avec nous veut se taire... None J’ai suivi les conseils d’une triste sagesse... None J’étais un faible enfant... None L'amour endormi None L'amour et le berger None L'amour laboureur None L'art, des transports de l'âme est un faible interprète... None L'aveugle None L'invention None L'oaristys None La jeune Locrienne None La jeune Tarentine None La liberté None Le jeune malade None Le mendiant None Le satyre et la flûte None Les colombes None Les esclaves d’amour ont tant versé de pleurs... None Lydé None L’impur et fier époux... None Mnazile et Chloé None Mnaïs None Médée None Néère None Néère et Chromis None O jours de mon printemps... None O muses, accourez... None Oh ! puisse le ciseau qui doit trancher mes jours None Oh ! puisse le ciseau qui doit trancher mes jours... None Pannychis None Partons, la voile est prête... None Pasiphaé None Prologue None Que ton œil voyageur de peuples en déserts... None Salut, Dieux de l'Euxin... None Sans parents, sans amis et sans concitoyens... None Souffre un moment encor... None Souvent le malheureux sourit parmi ses pleurs... None Sur un groupe de Jupiter et d'Europe None Tel j'étais autrefois et tel je suis encor... None Toujours ce souvenir m’attendrit... None Tout homme a ses douleurs... None Voilà ce que chantait aux naïades prochaines... None Ô nécessité dure ! ô pesant esclavage ! None