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Sur un groupe de Jupiter et d'Europe

André Chénier · None · Préromantisme · 18e siècle
«
- Des nymphes et des satyres chantent dans une grotte qu’il faut peindre bien romantique, pittoresque, divine, en soupant avec des coupes ciselées. Chacun chante le sujet représenté sur la coupe ; l’un : « Étranger, ce taureau… » l’autre, Pasiphaé ; d’autres, d’autres… Étranger, ce taureau que tu vois fendre les flots et nager vers Crète, avec une jeune fille qui tient sa corne, qui tremble, qui cherche à voir sa patrie, qui appelle ses compagnes, tactumque vereri assilientis aquœ timidasque reducere plantas (Ovid., VI, v. 106), ce nageur mugissant, ce taureau, c’est un dieu… Dans ses traits de taureau, tu reconnais les traits de Jupiter amoureux d’Europe, de la fille d’Agénor ; il est descendu au rivage de Phénicie, beau, délicat, l’objet des vœux de toutes les génisses ; la fille d’Agénor a osé s’asseoir sur lui, il s’est lancé dans les flots, il nage, il a déjà passé Chypre et Rhodes… - Étranger, ce taureau, qu’au sein des mers profondes D’un pied léger et sûr tu vois fendre les ondes, Est le seul que jamais Amphitrite ait porté. Il nage aux bords crétois. Une jeune beauté Dont le vent fait voler l’écharpe obéissante Sur ses flancs est assise, et d’une main tremblante Tient sa corne d’ivoire, et, les pleurs dans les yeux, Appelle ses parents, ses compagnes, ses jeux ; Et, redoutant la vague et ses assauts humides, Retire et veut sous soi cacher ses pieds timides. L’art a rendu l’airain fluide et frémissant. On croit le voir flotter. Ce nageur mugissant, Ce taureau, c’est un dieu ; c’est Jupiter lui-même. Dans ses traits déguisés, du monarque suprême Tu reconnais encore et la foudre et les traits. Sidon l’a vu descendre au bord de ses guérets, Sous ce front emprunté couvrant ses artifices, Brillant objet des vœux de toutes les génisses. La vierge tyrienne, Europe, son amour, Imprudente, le flatte : il la flatte à son tour ; Et, se fiant à lui, la belle désirée Ose asseoir sur son flanc cette charge adorée. Il s’est lancé dans l’onde ; et le divin nageur, Le taureau roi des dieux, l’humide ravisseur, À déjà passé Chypre et ses rives fertiles ; Il s’approche de Crète, et va voir les cent villes.

Notes

https://archive.org/details/bub_gb_EVrD1RkvJmsC/page/104/mode/2up

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