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Lydé

André Chénier · None · Préromantisme · 18e siècle
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« Mon visage est flétri des regards du soleil. Mon pied blanc sous la ronce est devenu vermeil. J’ai suivi tout le jour le fond de la vallée ; Des bêlements lointains partout m’ont appelée. J’ai couru : tu fuyais sans doute loin de moi : C’étaient d’autres pasteurs. Où te chercher, ô toi Le plus beau des humains ? Dis-moi, fais-moi connaître Où sont donc tes troupeaux, où tu les mènes paître. Ô jeune adolescent ! tu rougis devant moi. Vois mes traits sans couleur ; ils pâlissent pour toi : C’est ton front virginal, ta grâce, ta décence. Viens. Il est d’autres jeux que les jeux de l’enfance. Ô jeune adolescent, viens savoir que mon cœur N’a pu de ton visage oublier la douceur. Bel enfant, sur ton front la volupté réside ; Ton l’égard est celui d’une vierge timide. Ton sein blanc, que ta robe ose cacher au jour, Semble encore ignorer qu’on soupire d’amour ; Viens le savoir de moi. Viens, je veux le l’apprendre. Viens remettre en mes mains ton âme vierge et tendre, Afin que mes leçons, moins timides que toi, Te fassent soupirer et languir comme moi ; Et qu’enfin rassuré, cette joue enfantine Doive à mes seuls baisers cette rougeur divine. Oh ! je voudrais qu’ici tu vinsses un matin Reposer mollement ta tête sur mon sein ! Je te verrais dormir, retenant mon haleine, De pour de l’éveiller, ne respirant qu’à peine. Mon écharpe de lin que je ferais flotter, Loin de ton beau visage aurait soin d’écarter Les insectes volants et la jalouse abeille… » .................... La nymphe l’aperçoit, et l’arrête, et soupire. Vers un banc de gazon, tremblante, elle l’attire ; Elle s’assied. Il vient, timide avec candeur, Ému d’un peu d’orgueil, de joie et de pudeur. Les deux mains de la nymphe errent à l’aventure. L’une, de son front blanc, va de sa chevelure Former les blonds anneaux. L’autre de son menton Caresse lentement le mol et doux coton. « Approche, bel enfant, approche, lui dit-elle, Toi si jeune et si beau, près de moi jeune et belle. Viens, ô mon bel ami, viens, assieds-toi sur moi. Dis, quel âge, mon fils, s’est écoulé pour toi ? Aux combats du gymnase as-tu quelque victoire ? Aujourd’hui, m’a-t-on dit, tes compagnons de gloire, Trop heureux ! te pressaient entre leurs bras glissants, Et l’olive a coulé sur tes membres luisants. Tu baisses tes yeux noirs ? Bienheureuse la mère Qui t’a formé si beau, qui l’a nourri pour plaire. Sans doute elle est déesse. Eh quoi ! ton jeune sein Tremble et s’élève ? Enfant, tiens, porte ici ta main. Le mien plus arrondi s’élève davantage. Ce n’est pas (le sais-tu ? déjà dans le bocage Quelque voile de nymphe est-il tombé pour toi ?), Ce n’est pas cela seul qui diffère chez moi. Tu souris ? tu rougis ? Que ta joue est brillante ! Que ta bouche est vermeille et ta peau transparente ! N’es-tu pas Hyacinthe au blond Phébus si cher ? Ou ce jeune Troyen ami de Jupiter ? Ou celui qui, naissant pour plus d’une immortelle, Entr’ouvrit de Myrrha l’écorce maternelle ? Ami, qui que tu sois, oh ! tes yeux sont charmants Bel enfant, baise-moi. Mon cœur de mille amants Rejeta mille fois la poursuite enflammée ; Mais toi seul, aime-moi, j’ai besoin d’être aimée. . . . . . . . . . La pierre de ma tombe à la race future Dira qu’un seul hymen délia ma ceinture. . . . . . . . . . Viens : là sur des joncs frais ta place est toute prête. Viens, viens, sur mes genoux viens reposer ta tête. Les yeux levés sur moi, tu resteras muet, Et je te chanterai la chanson qui te plaît. Comme on voit, au moment où Phoebus va renaître, La nuit prête à s’enfuir, le jour prêt à paraître, Je verrai tes beaux yeux, les yeux de mon ami, En un léger sommeil se fermer à demi. Tu me diras : « Adieu, je dors, adieu, ma belle. » Adieu, dirai-je, adieu ; dors, mon ami fidèle, Car le … aussi dort le front vers les cieux, Et j’irai te baiser et le front et les yeux. . . . . . . . . . . . . Ne me regarde point, cache, cache tes yeux ; Mon sang en est brûlé ; tes regards sont des feux. Viens, viens. Quoique vivant, et dans ta fleur première, Je veux avec mes mains te fermer la paupière, Ou malgré tes efforts je prendra ces cheveux Pour en faire un bandeau qui te cache les yeux. . . . . . . . . . . . . FRAGMENT « Laisse, ô blanche Lydé, toi par qui je soupire, Sur ce pâle berger tomber un doux sourire, Et, de ton grand œil noir daignant chercher ses pas, Dis-lui : « Pâle berger, viens ; je ne te hais pas. » — Pâle berger aux yeux mourants, à la voix tendre, Cesse, à mes doux baisers enfin de prétendre. Non, berger, je ne puis ; Je n’en ai point pour toi. Ils sont tous à Mœris, ils ne sont plus à moi. »

Notes

Note: Je donne ici la version de l'édition de 1862. L'édition de 1889 ajoute ces vers entre les vers 8 et 9: "Pour que je cesse enfin de courir sur les pas Des troupeaux étrangers que tu ne conduis pas Une femme, une poétesse chante ainsi :" Il y a également ces notes entre les vers 24 et 25: "Dans cet âge où le jeune adolescent ressemble encore à une vierge, qu’il a une voix argentine… qu’il est incertain, et peut devenir un homme ou une fille (peindre cela le mieux possible.)" On y trouve aussi au vers 31: "Les insectes volants dont les ailes bruyantes Aiment à se poser sur les lèvres dormante." Et au vers 63, "aime-moi" au lieu de "baise-moi", ainsi que d'autres fragments ou notations à la fin. https://archive.org/details/bub_gb_EVrD1RkvJmsC/page/92/mode/2up https://fr.wikisource.org/wiki/%C5%92uvres_po%C3%A9tiques_de_Ch%C3%A9nier_(Moland,_1889)/Lyd%C3%A9

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