«
Deux amants éperdus qui longeaient la rivière
Finirent par tomber sur un saule pleureur :
« – Regarde Roméo ! cachons-nous sous ce frère
« Qui pleure, comme nous, sous le poids des douleurs !
« – Ah Dieu ! je n’en peux plus de devoir fuir Juliette !
« Quel sort cruel tu offres aux jeunes amoureux !
« Je t’en supplie, vieil arbre, sois notre cachette
« Et pleure sur nos vies, et nos futurs ombreux ! »
« – Je sens de sa feuillée la bienveillante étreinte ;
« Prions ici que Dieu veuille nous pardonner !
« Sous ces rameaux voutés déversons nos complaintes ! »
Et l’arbre tout entier se mit à frissonner :
« – Vous autres qui passez, vous dites que je pleure
« En voyant que mes branches se courbent dans l’eau ;
« Vous-mêmes vous venez pleurer pendant des heures
« À mes pieds en pensant que je comprends vos maux,
« Mais non ! je n’en peux plus d’entendre vos suppliques,
« Réconforter vos peines, écouter vos déboires…
« Allez chanter ailleurs ! je hais votre musique !
« Je me penche vers l’eau car j’ai envie de boire ! »