«
Le glas ne sonnait plus ; la foule dispersée,
Le silence planait dans le vieux cimetière,
Et rien ne bougeait plus sous les rangées altières
De cyprès qui veillaient aux nuits des trépassés.
Des mausolées illustres qui narguaient les arbres,
Aux plus petits tombeaux des plus modestes bières,
Tout l’endroit, peu à peu, s’était couvert de pierre ;
Seule une tombe encore était vierge de marbre.
Si jeune elle était morte, et si soudainement
Que la stèle n’avait encore été gravée ;
Un crucifix de bois dans la terre enclavé
Portait ses initiales, et son âge... vingt ans.
Son souffle avait cessé sa cadence rythmique
Et rien n’avait pu faire rebattre son cœur,
Ni les pleurs de la mère, ni les cris des sœurs,
Ni les chants des oiseaux qui jouaient leur musique ;
Les merles qui venaient au lever du soleil
Siffler chaque matin, pour la faire renaître,
Ne pourraient plus la voir sourire à la fenêtre ;
Aujourd’hui les corbeaux escortaient son sommeil.
Et l’absence au village de son fiancé
Laissait à tout le monde un sentiment atroce ;
Qu’allait-il advenir du gentil pauvre gosse
Lorsqu’il apprendrait tout ? Qui lui annoncerait ?
Quand il revint au bourg, le jeune bienaimé
Refusa d’accepter la nouvelle terrible ;
Il disparut, fuyant sa peine irrépressible ;
Tout le village, ému, se mit à le chercher.
Lorsque, la nuit venue, les quêteurs le trouvèrent,
Il dansait sous la lune au beau milieu des stèles,
Pressant contre son cœur le corps flasque de celle
Qu’il avait arrachée au repos de la terre.
« Elle vit ! Ô ma douce ! Ô mon amour dormant !
Qu’ils étaient fous de croire que tu étais morte !
Réveille-toi ! Allez, vous tous ! Que l’on apporte
À boire et à manger ! Mariez-nous maintenant ! »