«
D’ardant desir pris et attains,
Tains sui, et ceste ardour m’afine.
Fine dame, je sui certains,
Certains que la vie en moi fine.
Y ne puet estre aultrement
Car je sui espris ardamment.
Dame, en vos douls regars humains,
Mains jointes, et la face incline,
Cline mes yeus tous soirs, tous mains ;
Au mains regardés en le signe ;
Si ne m’eslongiés nullement,
Car je sui espris ardamment.
Si par vous n’est cilz fus estains,
Tains ardans plus vermaus que mine
Minera mon coer. Je m’en plains,
Plains d’ardour qui si m’examine ;
En mi ne voi aliegement
Car je sui espris ardamment.
- - -
Traduction
D’ardent désir pris et atteint,
Je suis pâle, et cette ardeur me dessèche.
Belle dame, je suis certain,
Certain que la vie en moi s’épuise.
Il ne peut en être autrement,
Car je suis épris ardemment.
Dame, sur vos doux regards humains.
Mains jointes, et la face inclinée,
Je lève les yeux tous les soirs, tous les matins.
Au moins regardez ces signes de détresse
Et ne m’éloignez pas de vous,
Car je suis épris ardemment.
Si par vous n’est ce feu éteint,
Votre visage brillant, plus vermeil que le vermillon,
Minera mon cœur. Je m’en plains,
Rempli de l’ardeur qui ainsi m’exténue.
En moi je ne vois nul allégement,
Car je suis épris ardemment.