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Ballade (Sus toutes flours...)

Jean Froissart · None · Lyrisme · 14e siècle
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Sus toutes flours tient on la rose à belle Et, en après, je croi, la violette. La flour de lys est belle, et la perselle ; La flour de glay est plaisans et parfette ; Et li pluisour aiment moult l’anquelie ; Le pyonier, le muget, la soussie, Cascune flour a par li sa merite. Mès je vous di, tant que pour ma partie : Sus toutes flours j’aimme la Margherite. Car en tous temps, plueve, gresille ou gelle, Soit la saisons ou fresce, ou laide, ou nette, Ceste flour est gracieuse et nouvelle, Douce et plaisans, blancete et vermillette ; Close est à point, ouverte et espanie ; Jà n’i sera morte ne apalie. Toute bonté est dedens li escripte, Et pour un tant, quant bien g’i estudie : Sus toutes flours j’aimme la Margherite. Mès trop grant duel me croist et renouvelle Quant me souvient de la douce flourette : Car enclose est dedens une tourelle, S’ a une haie au devant de li fette, Qui nuit et jour m’empeche et contrarie, Mès s’ Amours voelt estre de mon aye Jà pour creniel, pour tour ne pour garite Je ne lairai qu’à occoison ne die : Sus toutes flours j’aimme la Margherite. - - - Traduction Sur toutes fleurs on trouve la rose belle, Et, au second rang, je crois, la violette : La fleur de lis est belle aussi, et le bluet ; La fleur de glaïeul est charmante et parfaite ; Et plusieurs aiment beaucoup l’ancolie. La pivoine, le muguet, le souci, Chaque fleur a en soi son mérite. Mais je vous dis que, pour ma part, Sur toutes fleurs j’aime la Marguerite. Car en tous temps, qu’il pleuve, grésille ou gèle ; Que la saison soit ou fraîche, ou laide, ou claire , Cette fleur-là est gracieuse et nouvelle, Douce et aimable, blanche et vermeille, Close à point, à point ouverte et épanouie ; Jamais elle ne se fane ni ne pâlit, Toute bonté est en elle écrite, Et c’est pourquoi, quand bien j’y réfléchis, Sur toutes fleurs j’aime la Marguerite. Mais trop grand deuil me croît et renouvelle, Quand je me souviens de la douce fleurette ; Car elle est emprisonnée dans une tourelle, Et devant elle il y a une haie Qui, nuit et jour, m’empêche et contrarie. Si toutefois Amour veut venir à mon aide, Ni pour créneau, pour tour ni pour guérite, Je ne laisserai de dire à l’occasion : Sur toutes fleurs j’aime la Marguerite.
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