«
Prendés le blanc, prendés le noir,
Prendés selonc vostre estavoir,
Prendés toutes coulours aussi,
Mès je vous di
Que dou dimence au samedi
Vous faudrés bien à vo voloir.
Pour moi le di certainement,
Car j’ai pensé en mon jouvent
Si hautement,
Que ma folie, me reprent
Et en vœil faire amendement
Très grandement.
Peu de chose est de fol espoir,
Et s’est assés, au dire voir,
Car le cowart il fait hardi,
Et le joli,
Selon les mours qui sont en li,
Il li fait ordenance avoir.
Prendés le blanc, etc.
Or vodrai vivre liement
En joie et en esbatement,
Veci comment :
Je passerai legierement
Le temps à venir et present
Pareillement.
Tout metterai en noncaloir,
Tels pleure au main qui rit au soir.
Amours ont maint homme enrichi
Et resjoy
Dou bien d’autrui, par leur merci,
Encontre eux n’a nuls pooir.
Prendés le blanc, prendés le noir. . .
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Traduction
Prenez le blanc, prenez le noir,
Prenez suivant votre convenance,
Prenez toute autre couleur,
Mais je vous dis
Que du dimanche au samedi
Votre désir sera bien déçu.
Pour moi, du moins, je le dis avec assurance,
Car j’ai pensé dans ma jeunesse
A de si hauts destins,
Que je me reproche ma folie
Et je veux m’en excuser
Très-grandement.
C’est peu de chose que fol espoir,
Et pourtant c’est assez, à vrai dire,
Car il rend le couard hardi,
Et à l’étourdi,
Selon les mœurs qui sont en lui,
Il fait avoir de la sagesse.
Prenez le blanc, etc.
Maintenant je voudrais vivre heureusement.
En joie et en gaieté,
Voici comment :
Je passerai insoucieusement
Le temps présent et à venir
Également.
Je mettrai tout en nonchaloir.
Tel pleure au matin qui rit au soir.
Les amours ont maint homme enrichi
Et réjoui
Du bien d’autrui, grâces leur soient rendues.
Contre eux nul n’a de pouvoir.
Prenez le blanc, prenez le noir...