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Epître au Roi Louis XII

Guillaume Crétin · None · Grands rhétoriqueurs · 15e siècle
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Très-haut, puissant et mon plus redoubté Prince seigneur, j’ay hui beaucoup doubté Sur le propoz tenu de vous escripre, Voyant le bon de mes escriptz osté, Et que je suis boucanier radoté, Ce qui trop mieulx affiert plorer que rire ; Mais congnoissant que à peine on peult descripre Le doulx accueil de vostre humanité, Et qu’il ne fault grande solennité A declairer l’ennuy dont je me deuls, Toucher en vueil ung petit mot ou deux : Non pour dire que mon plaindre ou douloir Soit cause qu’il vous en doibve chaloir De mon ennuy et souffreteux mesaise ; Mais, bien voyant que vostre franc vouloir A desiré faire tousjours valoir Voz serviteurs, pour estre jamais ayse, J’ay entrepris, moyennant qu’il vous plaise, Faire mes plainctz vers vostre Majesté, Contre la court qui m’a tant molesté, Et qui plusieurs a faict voler sans aesles, En me laissant malheureux par deux L L. Quant à part moy je pense, et me souvient Du temps passé, et de celluy qui vient, Que j’ai vescu, et qu’il faut que je vive, Et que le sort sur moy si mal advient ; A peine sçay que tout mon sens devient, Craignant de veoir que paovreté s’ensuyve. Vueille ou non, fault que le bahuz suyve En attendant quelque pièce attraper ; De jour en jour vient laine pour drapper ; Espoir me paist de promesses et veux, Et ne me croist que la barbe et cheveulx. Je trotte, et cours, sollicite, et pourchasse, Et si ne m’est possible que j’en chasse Le seul escu, ou targe ; jusque à terre Malheur me suyt, malheureté m’atterre Pour entonner goutte, fiebvre, catherre, Froid, chault, faim, soif, pulces, pulnaises et pouls, Boutz, mal de dentz, rongne, entrac, morve, tous Viennent souvent ; et fault, pour l’advenir, Pauvre friant, et vieillard devenir. Chacun congnoist que j’escripve et que baille Après les biens que voy qu’on donne et baille Assez aux ungs, et vers moy on est chiche ; Je cherche et quiers, je frape aux huys et maille, Et si ne puis crocquer la seulle maille, Vous m’aimez mieulx, ce croy, paovre que riche. S’il peult venir bribe, loppin, ou miche, Fust prieuré, prébande ou abbaye, Je n’eusse pas fort la chère esbaye, Et ne sçauroit nesung si tost la rendre Entre mes mains, qu’on me la verroit prendre ; . . . . . . . . . Mais je ne treuve si dupe ou innocent, De qui on sçeut deffrocquer la despoulle ; Avant coucher, homme ne se despoulle. Et, qui pis est, quant bien je recommande Mon petit cas, et que je vous demande Ung seul loppin, qui n’est des plus massifz, Je cuyde lors que cela se commande ; Mais quelc’un vient qui le happe et gourmande, Et fait rapport que j’en ay cinq ou six : Pleust or à Dieu que deux motz bien assis Vous eusse dit et monstré qu’il en est ; Helas ! Sire, vous voyez bien que c’est ; Je vous supply d’y vouloir donner ordre : Je meurs de faim, et ne trouve que mordre. Mieulx que pis.
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