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Je suis la folle Renommée
Courant et trassant nuyct et jour ;
De nobles vertus aornée,
La fleur de mon fruict est semée
Jusques en Inde la majour ;
Avec les grans tiens mon séjour,
Où je cours et recours grant erre :
Tant vault homme, tant vault sa terre.
Affin que je puisse en allant
Souldainement passer la mer,
Montée suis, comme ung Rolland,
Sur mon gentil coursier voilant,
Qui Pegasus se fait nommer ;
J’entre partout, sans entamer
Quelque huys, comme chose invisible :
A cueur vaillant riens impossible.
Plus subit qu’on ne clost les yeulx,
Je trotte ès champs, je trotte ès préz,
Je volle en l’air, j’attains les cieulx ;
Je conduys l’ung, l’autre je sieux,
L’ung vient devant moy, l’autre après,
L’ung de bien loing, l’autre de près ;
Tous estats sont vers moy marchans :
Par toutes terres vont marchans.
Qui me reboute, je le quiers,
Qui mal me sert, je le guerdonne,
Qui ne m’ayme, je le requiers,
Qui me fuyt, grans biens luy acquiers,
Qui ne me veult, je m’abandonne ;
Plus me demande-on, moins je donne,
Comme femmes, qui mercy n’ont ;
Plus les prie-on et moins en font.
. . . . . . . . . . . .
Je quiers les nobles vertueux
Pour triumpher en haultain throsne ;
Ceux qui sont fols presumptueux,
Gourmans de gloire, et sumptueux
D’orgueil qui en eulx se patrone.
Je ne quiers estre leur matrosne,
Car Bombant est leur chastellain :
Il n’est danger que de villain.
Jadis furent Assyriens,
Gregeoys, Troyens, Persans, Romains,
Belgiens, Alobrogiens,
Athéniens, Cartagiens,
Pannoniens, grans Huns, Germains
Et Machabées en mes mains ;
Mais autres gens ont bruyt et los :
Nouveau sainct Jehan, nouveau siflos.
Maintenant suis seule, esgarée,
Hors de chemin, en grand danger,
Et sur toutes fort malheurée,
Triste de cueur, d’oeil esplourée,
Que je ne sçay où me loger ;
Roland est mort et Olivier,
Artur et son noble couvent :
Petite pluye abat grant vent.
Puis que Loyaulté trespassa
De ce siècle, qui s’est pas sage,
Et que Vertu s’en despassa,
Oncques puis Amour n’y passa,
Ne repassa ung seul passage.
Avec les bons mon repas ay-je ;
Mon pas en peu d’espace passe :
Fors l’amour de Dieu, tout se passe.