← Retour aux poèmes

Ballade (Se des dix mille martyrs...)

Guillaume Crétin · None · Grands rhétoriqueurs · 15e siècle
«
Se des dix mille martyrs vous voulez rendre, Pour estre mis en la grand’confrairie, Besoing sera premierement aprendre L’heur et malheur d’homme qui se marye ; Je prie à Dieu et la Vierge Marie, Que à ce besoing vous doint ayde et secours ; Puisque le cueur y a jà prins son cours, L’œil y fera guet, embusche, ou escoute : Si faulte vient, pour principal recours, Faictes semblant de jamais n’y veoir goutte. Vous avez sens et engin pour apprendre Ce que au cas vous sert ou contrarie. Le plus fort n’est hault ouvraige entreprendre, Mais fault penser comment le vent varie ; Les faictz d’Amours sont œuvres de faerie, Ung jour croyssans, l’autre fois en decours : Soient gens de ville, de chasteaulx ou de cours, Si quelqu’ung vient dont vous soyez en doubte, Et faulte vient ; pour principal recours, Faites semblant de jamais n’y voir goutte. Considerez, si femme voulez prendre, Par quel chemin il fault qu’on la charrye ; Si faulte faict, et la voulez reprendre, Elle en sera forcenée et marrye. Soyez dolent, il fauldra qu’elle rye ; Soyez joyeux, elle fera ses tours : Si en usant de ruzes et destours, Bien congnoissez que de vous se desgoutte, Et faulte vient ; pour principal recours, Faictes semblant de jamais n’y veoir goutte. Envoi Cousin, sachez que à Paris et à Tours, Voire à Lyon, chapperons et attours Sont hault de poil ; si concludz, somme toute : Quant voilerez de faulxcons et autours, Faictes semblant de jamais n’y veoir goutte.

Notes

Dédicace: A Christofle de Refuge.

← Précédent Regrets en rondeau Suivant → Epître au Roi Louis XII

Autres poèmes de Guillaume Crétin

Epître au Roi Louis XII None